Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

Après Nice, il faut regarder la menace avec lucidité mais ne pas renoncer à la dignité et à l'espoir

15 juillet 2016 à 20:36
Après Nice, il faut regarder la menace avec lucidité mais ne pas renoncer à la dignité et à l'espoir

Une fois encore, nos cœurs sont brisés suite à une odieuse attaque perpétrée sur notre sol. Cette fois, c’est Nice qui a été frappé, le jour de la Fête nationale. Des enfants, des femmes, des hommes, qui étaient venus sur la Promenade des Anglais pour une célébration joyeuse et festive de la République, sont tombés, fauchés par la folie criminelle d’un homme.

Que dire ? Nous restons sans voix devant une telle déferlante de haine aveugle. Devant ces vies brisées. L’émotion est immense. Nos pensées vont aux victimes, à leurs familles, à leurs proches, à ceux qui luttent toujours, suspendus entre la vie et la mort.

Jamais nous ne nous habituerons à l’horreur. Jamais nous ne céderons au fatalisme, à la peur, à l’indifférence, à la banalisation du mal.

Mais toujours, nous saurons faire face. Toujours, nous resterons debout, déterminés. Toujours, nous resterons fidèles à nos valeurs, aux idéaux que notre nation incarne dans le monde. Toujours, nous refuserons les diktats de l’obscurantisme. Nous ne nous laisserons pas abattre par ceux qui veulent mettre la France à genoux, par ceux qui veulent détruire ce qu’elle représente. Nous le devons à ceux qui sont tombés en ce jour symbole du 14 juillet…

Cette attaque ignoble nous rappelle malheureusement que la menace terroriste fait désormais partie de notre quotidien, sur notre sol comme chez nos voisins. Nous ne devons pas y céder, mais nous ne devons pas non plus l’ignorer. Ils s’en prennent à des vies innocentes, ils s’en prennent aussi à nos symboles. On le sait : nous sommes visés car nous sommes un pays symbole de valeurs universelles. Il n’y a qu’une seule option face à cette barbarie abjecte : rester unis, rester fidèles à ce qu’est la France et nous éloigner des polémiques qui divisent.

Il y a une exigence de dignité et de vérité et une obligation de rassemblement face à cette tragédie qui endeuille une nouvelle fois la France. Les terroristes cherchent à fracturer notre cohésion nationale. Ne leur donnons pas satisfaction ! Face à la volonté de briser notre unité, d’orchestrer les confrontations, d’attiser les haines, nous devons rester dignes et déterminés. Ne faisons pas le jeu des terroristes. S’il faut débattre, cela ne veut pas dire remettre en cause l’action des services de l’État, exalter les peurs, accuser le gouvernement de ne rien faire, alors que de nombreuses mesures ont été votées quasi-unanimement depuis 4 ans et mises en œuvre. Or laisser entendre que tout n’a pas été fait pour empêcher ce drame, je crois que c’est indigne et terriblement injuste envers les forces de l’ordre mobilisées pour sauver des vies. Certaines prises de parole récentes, que je ne veux pas détailler, ne sont décidément pas à la hauteur de l’enjeu du moment et me rappellent cette phrase de Victor Hugo : « Il y a des gens qui observent les règles de l’honneur comme on observe les étoiles, de très loin. »

Je ne veux pas entrer ici dans une bataille de chiffres, ou un rappel exhaustif de tout ce qui a été fait depuis 2012 pour protéger les Français. Je crois que Manuel Valls et Bernard Cazeneuve l’ont fait à plusieurs reprises au cours des derniers jours (voir notamment ce communiqué : 17.07.2016 Communiqué de presse conjoint Manuel VALLS Premier ministre et Bernard CAZENEUVE ministre de l’Intérieur).  Je veux simplement souligner que le gouvernement, appuyé par la majorité, répond à la menace par une mobilisation totale de nos forces, dont l’effectif est rehaussé, et par l’adaptation de notre droit. L’Assemblée nationale et le Sénat se sont d’ailleurs exprimés le 21 juillet, une semaine après l’attentat, pour autoriser la prolongation de l’état d’urgence. L’unité nationale, en de telles circonstances, je le répète, est indispensable.

La guerre contre le terrorisme est déclarée et elle est totale, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières. 16 attentats ont été déjoués sur notre sol depuis 2013. 160 individus en lien avec des activités terroristes ont été arrêtés depuis le début de l’année en France, grâce à l’action des services. On oublie trop souvent ces vies épargnées en vertu du principe qui veut que « good news is no news« . Ce sont pourtant des vies qui pèsent.

On le voit depuis plusieurs mois : la menace terroriste est désormais protéiforme, mouvante. Elle peut prendre la forme d’attentats menés par des commandos organisés, comme ce fut le cas chez Charlie Hebdo, au Bataclan, en Belgique. Mais elle peut aussi être le fait d’actions plus individuelles comme celle de Magnanville, celle de Nice ou du train en Allemagne. Et ces actions-là sont extrêmement difficiles à anticiper et à déjouer. La vigilance de chacun, la solidarité de tous est le ciment qui nous permettra de faire front.

L’enjeu, c’est la sécurité des Français, en priorité, mais c’est aussi notre capacité à préserver notre art de vivre. J’ai envie de dire : notre envie de vivre, notre envie de célébrer la vie, malgré la douleur. N’oublions pas que, pour l’EURO 2016 de football, un dispositif exceptionnel a été déployé (voir ici ma question sur le bilan sécuritaire de l’Euro 2016 à Bernard Cazeneuve lors de la séance des Questions Au Gouvernement du 13 juillet). Plus de 90 000 personnes mobilisées ont permis d’assurer la sécurité de nos concitoyens et de nos visiteurs. 4 millions de personnes ont pu célébrer le football dans les fan-zones en s’y sentant en sécurité. Si l’Euro 2016 restera dans toutes les mémoires comme une réussite, si on ne retiendra que les émotions du jeu, le clapping des Islandais, la bonne humeur contagieuse des Irlandais ou les chants des Gallois, c’est grâce à ce dispositif sans précédent.

Depuis la fin de l’Euro, la vigilance a été maintenue à un niveau maximal, avec près de 100 000 effectifs de sécurité mobilisés pour assurer la sécurité des Français sur l’ensemble du territoire (dont 53 000 policiers, 36 000 gendarmes et les 10 000 militaires de l’opération Sentinelle). En parallèle, le Ministre de l’Intérieur a confié une mission au préfet Weigel pour renforcer la sécurité des Festivals  pendant l’été et, au-delà, adapter la sécurité de tous les événements festifs et culturels, où qu’ils se déroulent. Pour épauler les forces de l’ordre mobilisées sur tous les fronts depuis des mois, les préfets pourront également mobiliser la réserve opérationnelle de la police nationale et de la gendarmerie nationale pour assurer la sécurité de ces différents événements dans chaque département. Elles représentent un vivier mobilisable de 15 000 personnes (9 000 dans la gendarmerie, pouvant monter à 12.000 et 3 000 dans la police). Ces prochaines semaines, ces forces Sentinelle, de la réserve opérationnelle, ainsi que les moyens des forces de police et de gendarmerie, seront consacrées à la sécurisation des lieux touristiques, des plages, des grandes manifestations estivales, culturelles ou sportives…

L’ensemble de ces moyens ne garantit pas le « risque 0 ». Il faut regarder la menace avec lucidité. Cette menace, jamais la France ne s’y est trouvée confrontée, au niveau qui prévaut aujourd’hui. Nous devons nous préparer, dans l’unité, à faire face à d’autres épreuves. Mais chacun, en responsabilité, doit tout mettre en œuvre pour que la vie continue, que nos rires résonnent, que notre espoir triomphe, malgré les semeurs de mort.