Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

Elections présidentielles : l'heure est au rassemblement de toutes les forces progressistes

24 avril 2017 à 11:41
Elections présidentielles : l'heure est au rassemblement de toutes les forces progressistes

L’élimination du candidat du Parti Socialiste dès le 1er tour de l’élection présidentielle est une déception, après 5 années consacrées à œuvrer au redressement de la France, et alors que les résultats de cet effort politique sont clairement visibles (voir cet article).

La gauche de gouvernement paie sans aucun doute dans les urnes la désunion qui a entaché ce quinquennat. Il nous faut donc prendre acte du profond désir de régénération exprimé par les Français. Ce constat doit nous conduire sans tarder à une réflexion en profondeur sur le chemin à suivre pour rebâtir, sur de nouvelles bases, une force politique socialiste, responsable et pragmatique, qui reste fidèle à ses valeurs et refuse la démagogie. C’est une refondation idéologique, programmatique, organisationnelle, qui nous attend. Elle devra nécessairement prendre en compte notre histoire et les idéaux qui toujours été ceux de la gauche de gouvernement : l’attachement à une République sociale et laïque, reposant sur l’union de la démocratie politique et la démocratie sociale, notre culture social-démocrate qui vise à concilier l’économie de marché, les exigences écologiques, pour réduire les conflits et préserver les libertés individuelles, et favoriser une croissance économique durable avec des entreprises fortes.

Mais, avant cette étape, notre premier devoir est de favoriser la mobilisation de tous les électeurs socialistes, écologistes et républicains pour faire élire Emmanuel Macron face à la candidate de l’extrême-droite. Il en va de l’avenir même de notre modèle démocratique et républicain. Face aux menaces de chaos, de division, d’isolement et de faillite économique, sociale et morale qu’incarne le Front National, notre soutien à Emmanuel Macron est sans ambiguïté et sans hésitation. Le Parti Socialiste a toujours été en ligne de front pour défendre la République et a toujours su prendre ses responsabilités face au projet funeste et dangereux de l’extrême-droite. Nous l’avons fait en 2002, comme aux dernières élections régionales. Et c’est ce que nous faisons une nouvelle fois aujourd’hui.

Notre pays est confronté à des défis majeurs, graves : l’emploi, la sécurité et la protection des Français, la défense de la démocratie, la réduction des inégalités, l’urgence écologique, la lutte contre les conservatismes et les populismes, notre place dans l’Europe et le rôle de l’Europe dans le monde. Sur tous ces enjeux essentiels pour l’avenir, l’heure est au rassemblement de toutes les forces progressistes car la réponse de notre pays ne saurait être la haine et le repli sur soi.

Je ne mâche pas mes mots face à Marine Le Pen, dont les idées se sont malheureusement banalisées dans le paysage politique : elle est une ennemie de la démocratie et de la République. Elle est l’assurance du naufrage pur et simple de notre pays. Elle mettrait la France et les Français à genoux.

J’entends ceux qui disent que les politiques, depuis 30 ans, ont déçu, quel que soit leur bord, et à ceux-là je dis : « ne sacrifiez pas notre pays, nos valeurs, notre avenir à votre déception ! »

La France est le pays des Lumières. Celui des valeurs républicaines, une terre de démocratie, d’ouverture, de tolérance, de respect, de laïcité, de liberté, de fraternité, de solidarité, qui est regardé et respecté partout dans le monde parce qu’elle incarne ces idéaux. La France ne peut s’accommoder d’un discours de haine.

Nous ne pouvons accepter de devenir le 1er pays européen à porter un parti xénophobe, rétrograde, liberticide, qui prône la stigmatisation d’une partie des Français en fonction de leur appartenance culturelle et religieuse, au pouvoir !

Et puis, au-delà des valeurs, il faut le dire aux électeurs : le FN est une « arnaque », une triple arnaque.

C’est une arnaque sécuritaire : les électeurs se trompent s’ils pensent que le Front national les protégera mieux. Leur vision du « rétablissement des frontières » est une illusion dangereuse, si l’on ne comptait que là-dessus pour garantir notre sécurité. Les menaces qui pèsent sur notre pays n’ont jamais été aussi élevées et le contexte international plus incertain. Rompre avec notre ancrage européen, comme le propose le FN, et rompre les alliances avec l’OTAN qui ont garanti notre sécurité depuis 70 ans, aurait des conséquences désastreuses. Et n’oublions pas que le FN a systématiquement rejeté, depuis 5 ans, toutes les propositions en vue de renforcer nos moyens de lutte contre le terrorisme, que ce soit au Parlement français ou devant le Parlement européen !

C’est une arnaque économique : la France ne retrouvera pas le chemin de la croissance, de l’emploi et de la prospérité, en se faisant administrer les potions irresponsables et rétrogrades du « programme économique et social » du Front national. C’est une énorme fumisterie, où la démagogie sans scrupules le dispute à l’incompétence, où l’on promet tout et son contraire : le maintien des services publics d’un côté, et la suppression de fonctionnaires de l’autre, pour ne donner qu’un seul exemple. Marine Le Pen propose une hausse massive de la dépenses publique, évaluée par les experts à 145 milliards d’euros, sans jamais assumer le fait que les Français devront inévitablement en payer le prix, par des impôts, des charges et des dettes supplémentaires.

Sur le plan international, le protectionnisme prôné par Le Pen et la sortie de l’Euro mettraient en péril les millions d’emplois qui dépendent de nos échanges internationaux et isoleraient considérablement la France, sans parler de la dépréciation de l’épargne, de l’alourdissement du poids de notre dette publique, de la hausse vertigineuse des taux d’intérêt, du renchérissement de nos importations, notamment énergétiques, au détriment du pouvoir d’achat des ménages, de la compétitivité des entreprises et donc de l’emploi. Ce serait une plongée sans retour vers la récession. Le renfermement sur nous-mêmes ne saurait être une option dans un pays dont l’économie et les emplois reposent en très grande partie sur le tourisme et le commerce extérieur. En Normandie par exemple, les mesures protectionnistes lepénistes conduiraient à l’effondrement pur et simple de notre économie portuaire, construite sur les échanges commerciaux (dont 55% avec l’Asie et 20% avec l’Afrique), et qui représente 50 000 emplois salariés, soit 12 % de l’emploi salarié de la région, et un cinquième de la richesse totale produite en Normandie !

C’est enfin une arnaque sociale : il n’y a aucun progrès social à attendre d’un parti qui prône la stigmatisation des plus précaires, de ceux qui ont le moins d’accès à l’éducation, à l’ascenseur social, qui subissent les inégalités, en proposant par exemple de suspendre les subventions au planning familial, ou d’instaurer la préférence nationale pour les prestations sociales, le logement et l’emploi.

Face à la menace du FN, j’appelle à ce que nous retrouvions le sens du collectif et que nous nous mobilisions sans faillir, pour être à la hauteur tout à la fois de notre Histoire et des enjeux de notre avenir.