Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

La modernisation de la ligne Serqueux-Gisors : un projet vital pour le développement des places portuaires du Havre et de Rouen

21 avril 2016 à 15:01
La modernisation de la ligne Serqueux-Gisors : un projet vital pour le développement des places portuaires du Havre et de Rouen

Dans le cadre de l’enquête publique sur la modernisation de la ligne ferroviaire Serqueux-Gisors, ouverte du 8 mars au 26 avril, Le Sénateur Charles Revet et moi-même avons soumis une contribution commune en faveur de ce grand projet ferroviaire normand, au titre de la mission parlementaire que nous menons conjointement en faveur du développement de la compétitivité et de l’attractivité des ports de l’Axe Seine.

Notre contribution est visible ici : courrier V Fourneyron et C Revet_enquête publique modernisation Serqueux Gisors ou ci-dessous.

 

Rouen, le 21 avril 2016

 

Le Président de la commission d’enquête du projet de modernisation de la ligne Serqueux-Gisors.

Préfecture de Seine-Maritime

7, place de la Madeleine

CS16036

76036 ROUEN CEDEX

Messieurs les membres de la Commission d’enquête,

 

Le Premier ministre nous a confié le 29 janvier 2016, une mission sur l’attractivité et la compétitivité des ports maritimes de l’axe Seine.

C’est dans ce cadre que nous auditionnons les différents acteurs de la chaîne logistique afin de mieux appréhender les freins et les leviers de cette compétitivité.

Il s’agit en particulier de proposer des recommandations afin de conforter l’hinterland actuel de nos ports et aussi de contribuer à son élargissement.

Cette mission s’inscrit dans la stratégie nationale portuaire, adoptée fin 2013. Sur l’axe de la Seine, chacun des Grands Ports Maritimes du Havre et de Rouen, regroupés avec le Port Autonome de Paris au sein du GIE HAROPA, a adopté son projet stratégique 2014-2019. Ce dernier trouve une déclinaison opérationnelle dans le Contrat de Plan Interrégional Vallée de Seine 2015-2020 (CPIER). La modernisation de la ligne Serqueux-Gisors est inscrite dans cette contractualisation État-Régions pour sa réouverture au trafic fret dans sa fiche action n°2.4 ainsi que dans les programmes européens RTE.T.

Il importe en effet d’améliorer la desserte de la région parisienne qui représente un tiers du Produit Intérieur Brut national et de desservir au-delà de l’Île-de-France. Aujourd’hui, le port de desserte maritime de Paris est très largement Anvers ! Bien évidemment, le choix d’une desserte par Anvers ou Rotterdam se fait au détriment de l’économie nationale et des emplois, et au prix d’une détérioration sensible du bilan carbone, les pré- et post-acheminements se faisant majoritairement par voie routière.

Alors que 85 % des marchandises importées passent par la mer, tous les acteurs de la logistique le savent, l’avenir des ports se joue à terre. Élargir l’hinterland impose le développement des modes de transport massifiés au départ et à destination de Rouen et du Havre que sont le mode fluvial et le mode ferroviaire. Ces deux modes ne sont que peu substituables et doivent être maintenus et développés concurremment.

En ce qui concerne le mode ferroviaire, il n’a cessé de régresser ces dernières années. Pour les ports maritimes de la Seine, il est tombé à moins de 5 % de part modale, bien en deçà de la situation dans tous les ports concurrents.

Le principal axe d’accès à la région parisienne est la ligne Le Havre-Rouen-Mantes-Paris, c’est également l’axe d’accès à l’est et au sud-est au-delà de Paris.

Cet axe est aujourd’hui saturé et la concurrence entre le trafic voyageur et le trafic fret ne laisse espérer aucune amélioration. En outre, les importants travaux de régénération de cet axe qui interviendront de 2016 à 2025, et les chantiers de prolongement de la ligne EOLE se traduiront par une réduction supplémentaire de l’offre de sillons fret. Si aucun trajet alternatif crédible n’est offert à ce trafic, c’est la réduction à néant de ce mode de transport qui se profile à l’horizon 2019.

Le transfert du trafic du port du Havre sur le trajet Le Havre-Amiens-Creil-Paris pour alléger l’axe historique se traduit lui par un allongement pénalisant en termes de temps de trajet et donc de coût. Ce parcours est, par ailleurs, en voie de saturation entre Creil et Paris. Ceci va conduire sur ce trajet et sur la même période, à la même réduction des sillons ferroviaires fret que sur l’axe historique!

La réalisation d’un troisième axe ferroviaire est donc indispensable si l’on veut éviter un transfert massif au profit du mode routier qui aura des conséquences dommageables du point de vue environnemental. Au renchérissement du bilan carbone, s’ajoutera une très forte augmentation de la fréquentation de l’autoroute A13 depuis Le Havre et le basculement de trafics vers le port d’Anvers qui accentuera encore la saturation de l’autoroute A1 par les camions. L’affaiblissement du mode ferroviaire pour l’accès aux ports du Havre et de Rouen condamnera toute perspective de développement de ces deux établissements publics majeurs de la stratégie portuaire nationale.

La modernisation de la ligne Serqueux-Gisors s’inscrit sans conteste au cœur d’enjeux nationaux majeurs. C’est ce qui a justifié son inscription dans les priorités 1 de la commission mobilité 21, son financement dans le CPIER et la participation des fonds européens à un niveau très élevé.

Peut-on envisager que demain, HAROPA, premier complexe portuaire français, ne dispose plus de desserte fret ferroviaire ? C’est tout simplement inenvisageable, quelques semaines après la signature, en France, de l’accord historique de la COP 21 !

Notre détermination à soutenir la réalisation de cette infrastructure ferroviaire ne nous conduit, en aucun cas, à négliger la nécessité d’accompagner les travaux de rénovation et d’adaptation de la ligne Serqueux-Gisors-Paris de mesures compensatoires visant à réduire la nuisance pour les riverains. Nous notons d’ailleurs qu’un tiers du budget de cette opération est consacré à de telles mesures.

Nous voulons également insister sur le fait que, si des mesures complémentaires devaient être envisagées, elles ne devraient en aucune manière se traduire par un décalage dans le temps de la réalisation de ce projet ou par des limitations d’utilisation de la ligne, ce qui remettrait en cause la pertinence de l’investissement.

En vous remerciant de bien vouloir prendre en compte cette communication, nous vous prions d’agréer, Messieurs les membres de la commission d’enquête, l’expression de notre considération distinguée.

 

Valérie FOURNEYRON

Ancienne Ministre

Députée de Seine Maritime

Conseillère municipale et communautaire de Rouen

Vice-Présidente du Conseil de Surveillance du Grand Port Maritime de Rouen

&

Charles REVET

Sénateur de la Seine-Maritime