Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

"Le sport doit jouer un rôle plus significatif dans la diplomatie européenne"

29 juin 2016 à 14:35

En octobre 2015, la direction « Sport » de la Commission européenne m’a sollicitée pour intégrer le groupe de travail sur la « Diplomatie Sportive » européenne créé par le Commissaire en charge de l’Éducation, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports Tibor Navracsics.

Ce groupe, placé sous la présidence du membre du CIO et ancien Président de la République de Hongrie Pál Schmitt, était composé d’une quinzaine de personnalités européennes, responsables politiques, athlètes, représentants des institutions sportives ou politiques, universitaires… (voir la liste complète des membres ici).

Notre mission était d’évaluer le rôle et la valeur du sport dans les politiques extérieures de l’Union, en identifiant les leviers au travers desquels le sport peut permettre à l’UE de réaliser ses ambitions dans le domaine de la politique étrangère, en particulier envers ses pays partenaires et dans sa politique de voisinage, et peut constituer un élément de dialogue avec des pays ou des régions tiers, dans le cadre de la diplomatie publique européenne.

Ayant eu l’honneur d’être désignée co-rapporteure de ce groupe de travail, aux côtés de Thierry Zintz, professeur à l’Université catholique de Louvain, j’ai présenté aujourd’hui, 29 juin, notre rapport au Commissaire Navracsics.

Le rapport (en anglais uniquement pour l’instant) est téléchargeable ici :  

Rapport HLG SDhlg-sport-diplomacy-final_en

Il montre que, dans le cadre de la politique étrangère menée par l’Union Européenne, il existe une vraie place pour une diplomatie sportive ambitieuse qui reflète les valeurs défendues par l’UE, traduise ses objectifs politiques et permette d’accroître son influence.

Le point de départ de notre réflexion a été d’évaluer, avant toute chose, la complexité de la situation européenne et les défis, aussi bien internes qu’externes, auxquels l’Europe est actuellement confrontée dans ses relations internationales. Cette étape était un préalable indispensable pour pouvoir avancer des recommandations concrètes sur la manière dont le sport peut contribuer à relever ces challenges, en s’affranchissant des lieux communs et des formules incantatoires.

C’est un euphémisme de dire que l’environnement européen a subi des bouleversements majeurs au cours des dernières années, qui complexifient singulièrement les marges de manœuvres de l’Union européenne, modifient ses priorités et altèrent les attentes que les États-membres comme les pays tiers formulent à son égard. Ces crises sont à la fois simultanées et sans doute les plus profondes de l’histoire de l’UE : les attaques terroristes sur le sol européen; la crise économique durable; l’arrivée massive de réfugiées dans des proportions inédites; la montée préoccupante de l’euroscepticisme, du populisme, de la xénophobie et du racisme dans de nombreux pays européens; les menaces sérieuses qui pèsent sur la cohésion européenne (comme on l’a vu de manière brutale avec les résultats du référendum britannique sur le Brexit); un discours récurrent et de plus en plus répandu sur la paralysie institutionnelle de l’UE, ses dérives technocratiques, son inefficacité, sa surdité vis-à-vis des préoccupations des citoyens européens…

C’est peut-être ce contexte particulier et ces sombres perspectives qui rendent plus urgent que jamais d’enrichir et de renouveler les outils et les stratégies que l’UE déploie sur la scène internationale. Et le sport peut être un outil pertinent dans le cadre de cette remise à plat des leviers d’action de l’Union.

Il n’y a pas d’angélisme dans ce propos : le sport n’est pas une baguette magique. Il n’a pas le pouvoir de régler tous les problèmes internes à l’UE ou dans ses relations avec le reste du monde ! Mais il n’en demeure pas moins un instrument puissant et influent dont on aurait tort de sous-estimer l’efficacité lorsqu’il s’agit de réfléchir à la manière dont l’UE peut améliorer son action diplomatique. Le sport peut notamment lui permettre :

  • d’approfondir certains aspects de sa politique étrangère et de ses relations internationales;
  • de sensibiliser de nouveaux publics (notamment les plus jeunes et les plus précaires), plus profondément, plus positivement, plus efficacement;
  • de renforcer ses programmes d’action extérieure, tout en améliorant la manière dont ceux-ci sont perçus par les publics-cibles dans les pays non européens;
  • d’accroître son rayonnement, d’améliorer son image extérieure et de développer son influence.

Notre rapport formule donc des préconisations concrètes, précises et pragmatiques pour faire du sport un élément clé de la diplomatie européenne et des relations de l’UE avec le reste du monde, dans le cadre de sa politique étrangère.

Nos recommandations portent sur l’intégration d’une politique sportive européenne dans 3 domaines spécifiques :

  • Les relations extérieures de l’Union, ce qui inclut notamment ses politiques de Voisinage, d’Élargissement, d’Aide au Développement et de Coopération ;
  • Les actions de plaidoyer et la promotion des valeurs européennes  dans le cadre des Grands Événements Sportifs Internationaux (GESI), qui sont devenus des temps forts de l’agenda diplomatique mondial et offrent de nombreuses opportunités ;
  • La mise en place d’une culture interne de la diplomatie sportive, afin que le sport soit pleinement pris en considération et utilisé de manière optimale dans la réalisation des objectifs de politique étrangère de l’UE (sur le modèle de ce qu’a fait la France avec l’intégration de la diplomatie sportive dans sa stratégie de diplomatie d’influence, par la mobilisation et la formation du réseau diplomatique).

Dans chacun de ces trois domaines, nous avons formulé un certain nombre de propositions et suggéré quels instruments existants (instruments financiers, programmes, etc.) pouvaient être mobilisés pour les mettre en œuvre.

J’ai été ravie de pouvoir élargir le champ de mes réflexions sur la diplomatie sportive à l’échelle européenne et de confronter mes expériences avec d’autres personnalités venues de toute l’UE, afin de formaliser et structurer pour la première fois une démarche de diplomatie sportive de l’Union Européenne dans ses relations extérieures. L’ensemble du groupe a convenu de rester attentif à la manière dont le suivi de notre rapport serait assuré et comment la mise en œuvre de nos recommandations progresserait. Les opportunités existent pour que notre travail ne reste pas lettre morte : la première est la présidence slovaque de l’UE, qui débute le 1er juillet, et qui a d’ores et déjà annoncé que, dans le domaine sportif, une de ses priorités serait la diplomatie sportive.

A noter que, parallèlement, un autre groupe de travail planchait lui sur le « Grassroots Sports » (le sport pour tous). Les deux rapports sont téléchargeables sur le site de la Commission Européenne.

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