Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

Réviser le mode de calcul du PIB pour prendre en compte la dimension sociale

14 janvier 2015 à 08:00
Réviser le mode de calcul du PIB pour prendre en compte la dimension sociale

A l’occasion de son audition devant la Commission des Affaires Étrangères , j’ai interrogé Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, sur une prise de conscience qui est de plus en plus forte et partagée : la nécessité de revoir les critères d’évaluation et de calcul du Produit Intérieur Brut, afin que cette notion de PIB prenne davantage en considération la dimension sociale, c’est-à-dire la réduction des inégalités, l’accès à l’éducation, l’accès à la santé, l’accès à la sécurité, etc.  et plus uniquement des critères productivistes.

Comme l’ont démontré les économistes Jean-Paul Fitoussi et Joseph E. Stiglitz (Prix Nobel d’Économie que j’ai rencontré hier), il arrive en effet que l’augmentation du produit national résulte en partie d’une détérioration de la situation des citoyens.  Le PIB gonfle, mais le bien-être diminue. Cette situation absurde montre que le mode de calcul du PIB n’est sans doute pas pertinent. Et que PIB et richesse d’un pays ne sont en aucun cas synonymes.

Pour étayer ma question au dirigeant de l’OCDE, je me suis notamment appuyée sur l’étude publiée par l’OCDE en décembre 2014 tendant à démontrer que les inégalités sociales pèsent sur la croissance économique et que celle-ci croît plus vite dans les pays où les inégalités de revenus diminuent que dans ceux où les inégalités de revenus augmentent.

La synthèse de cette étude est disponible ici :  Focus-Inegalites-et-croissance-2014

Bob Kennedy avait déclaré il y a une quarantaine d’année, en 1968 : « le PIB inclut dans son calcul la pollution, la publicité pour les cigarettes, les ambulances qui se déplacent pour nettoyer les autoroutes de leurs victimes, la destruction des forêts, les programmes télévisés qui glorifient la violence pour vendre des jouets ». Mais il ne tient pas compte de la santé des enfants, de leur joie de jouer, de l’intelligence d’un débat public, du sens de l’humour, du courage, de l’amour pour son pays. En bref, pour Bob Kennedy : « le PIB calcule tout sauf ce qui donne une valeur à la vie ».

Il s’agit là d’une question essentielle, qui va bien au-delà des arguties techniques ou du point de vue statistique. Les méthodes actuelles de calcul fournissent une image faussée de la valeur d’une politique, des progrès réels d’un pays, du bien être d’une population. Je suis convaincue que des évaluations plus correctes permettraient de mieux cibler les objectifs politiques.

La vidéo de mon intervention est ici :

L’ensemble de l’audition de M. Angel Gurria est visible sur le site de l’Assemblée nationale.