Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

Question au Gouvernement : "Il y a ceux qui polémiquent après avoir détruit, et ceux qui agissent après avoir reconstruit"

3 novembre 2015 à 19:52
Question au Gouvernement :

J’ai été ulcérée par la lecture du Parisien du jour dans laquelle un ancien Président de la République, parce qu’il a été Ministre de l’Intérieur, ose remettre en cause l’action du Gouvernement dans le domaine de la sécurité publique et du travail de la justice, dans un contexte ultrasensible de menace terroriste, sans le moindre mea culpa sur son propre bilan ! Il va même jusqu’à affirmer que l’autorité de l’État n’existe plus , alors qu’il n’a eu de cesse  lui même de l’affaiblir lorsqu’il dirigeait la précédente majorité.

Et, non content d’instruire de faux procès, il vient chercher le Gouvernement sur une affaire datant de 2008, qui s’est soldé par un camouflet pour les autorités de l’époque…

Un discours aussi fallacieux qu’irresponsable, qui manque singulièrement de la hauteur de vue et de la justesse d’analyse qu’on est en droit d’attendre d’un ancien chef d’État.

L’autorité de l’État est un sujet trop sérieux pour se livrer à de telles polémiques. Il y a des échéances électorales, mais celles-ci méritent du sérieux et de la responsabilité. Il faut se garder des surenchères et des contrevérités, qui ne sont ni dignes ni responsables : préférons leur les faits.

J’ai donc souhaité interpeller aujourd’hui le Premier ministre lors des Questions au Gouvernement, afin qu’il réponde point par point à ce discours délétère, qui ignore la réalité et blesse la République.

Le verbatim complet des Questions au Gouvernement est visible ici.

Ma question en vidéo et la réponse du Premier Ministre sont visibles dans la vidéo ci-dessous.

 

Ma question au Premier Ministre

« Monsieur le Premier ministre,

« Malheur à quiconque prêche une morale qu’il ne pratique pas ! », disait Jean-Jacques Rousseau.

Comment ne pas y penser en découvrant, dans Le Parisien ce jour, la tartuferie d’un candidat à la primaire de droite qui aligne les contre-vérités et les vaines polémiques, qui donne des leçons sur la politique sécuritaire de la France et sur la justice, toutes plus creuses et irresponsables les unes que les autres, alors même qu’il est l’homme qui n’a eu de cesse d’affaiblir les forces de l’ordre et de museler l’indépendance de la justice ?

Faut-il rappeler dans cet Hémicycle, qu’entre 2007 et 2012, la majorité précédente a détruit 13700 postes au sein des forces de l’ordre ?

Faut-il rappeler les dégâts de la RGPP qui a provoqué l’effondrement des crédits de fonctionnement et d’équipement ?

Faut-il rappeler ce triste bilan et cette politique de surenchère qui se payait de mots et ne produisait aucun résultat ?

Mais les faits sont têtus :

  • Alors que tous les rapports dénonçaient l’obsolescence de notre législation sur le renseignement qui était préjudiciable à la lutte contre le terrorisme, c’est ce Gouvernement qui a doté nos forces d’une législation moderne dans le respect de l’État de droit, pour être plus fort face aux terroristes,  ;
  • C’est ce Gouvernement qui a mis en place l’interdiction de sortie du territoire pour les candidats au djihad, qui a instauré le blocage des sites faisant l’apologie du terrorisme ;
  • C’est ce Gouvernement qui expulse les prédicateurs de la haine et déchoit de la nationalité les personnes coupables de crime de terrorisme alors même que cette mesure n’avait jamais été mise en œuvre par le précédent Gouvernement ;
  • C’est ce Gouvernement qui a augmenté le nombre de postes de policiers et de magistrats et qui vient de débloquer 16,6 M€ pour renforcer l’armement et les équipements des forces anti-criminalité de la police et de la gendarmerie exposées dans la lutte contre la délinquance (voir mon article à ce sujet ici).

Il y a ceux qui polémiquent après avoir détruit, et ceux qui agissent après avoir reconstruit.

Cette majorité a restauré nos forces de l’ordre, témoigne d’une confiance inébranlable aux policiers et aux gendarmes, les renforce dans la conduite de leur mission au service des Français, respecte l’indépendance de la justice.

Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous nous préciser sur ces différents champs ce qui a été fait et ce que vous comptez encore faire ? »

Réponse du Premier Ministre

M. Manuel Valls, Premier ministre. Madame la présidente, madame la ministre Valérie Fourneyron, je sais que nous approchons d’une échéance électorale importante, vous l’avez dit.

Comme vous tous, je sais que cette élection est la dernière avant l’élection présidentielle et, faut-il le souligner, avant la primaire organisée par l’opposition.

Vous avez raison : cela n’autorise pas tout et certainement pas de remettre sans cesse en cause l’autorité de l’État. (Exclamations sur les bancs du groupe Les Républicains.)

Les Français attendent des actes de notre part mais ils attendent aussi que nous fassions preuve d’une certaine attitude et du sens des responsabilités – sûrement pas que nous nous manifestions par des cris et en lançant des invectives. Ils attendent de nous que nous fassions preuve de hauteur de vue et non que nous nous livrions à des calculs politiciens.

Je vous le dis clairement : remettre systématiquement en cause le travail des forces de l’ordre, celui des préfets, l’action de la justice lorsque l’on est un responsable politique, c’est tout cela qui affaiblit l’autorité de l’État, madame la députée ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.)

Quand un député de la nation, la semaine dernière, parle des magistrats comme « des pervers, des psychopathes, des militants aveuglés par leur idéologie », quand un candidat à la primaire cède à la plus grande démagogie et accuse le chef de l’État d’instrumentaliser la dramatique situation de Calais pour faire le jeu du Front national, quand le soutien d’un autre candidat évoque une technique électorale, quand l’opposition n’a de cesse de remettre en cause la garde des Sceaux en instrumentalisant les chiffres de la délinquance et de la population carcérale, quand un ancien Président de la République estime – vous l’avez rappelé – que l’État n’a plus d’autorité après avoir lui-même supprimé près de 13 000 postes dans la police (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen) et la gendarmerie de même que des centaines de postes de magistrats après avoir également lui-même affaibli l’institution judiciaire en remettant en cause plusieurs fois des décisions prises par des juges indépendants, comment voulez-vous que les Français aient confiance en la justice, dans les forces de l’ordre et dans la République ? Comment voulez-vous qu’ils reconnaissent l’autorité de l’État quand un ancien Président de la République, l’opposition et la droite se livrent à de telles attaques contre les fondements mêmes de la République ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.)

C’est tout cela qui affaiblit l’autorité de l’État !

Lorsque l’on est dans l’opposition, que l’on a gouverné et que l’on aspire à gouverner à nouveau, on se comporte différemment en étant digne de la situation que connaît le pays !

Parce que l’opposition est incapable d’avoir cette attitude, parce que nous faisons face à l’extrême droite, madame la députée, c’est ce Gouvernement et cette majorité qui, avec le Président de la République, incarnent plus que jamais la République, l’autorité et l’avenir du pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et sur quelques bancs du groupe écologiste.) »