Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

En visite à CAP Seine, un visage solidaire de l'agriculture et de l'agroalimentaire

19 octobre 2015 à 20:37
En visite à CAP Seine, un visage solidaire de l'agriculture et de l'agroalimentaire

Dans le contexte du plan du gouvernement en soutien à l’élevage (voir mes deux derniers articles à ce sujet ici et ici), j’ai souhaité ce lundi 19 octobre rendre visite au grand groupe coopératif agricole et agroalimentaire CAP SEINE, qui est basé à Mont-Saint-Aignan.

Fort de ses 5300 producteurs, dont 3700 adhérents, de ses 1200 salariés-collaborateurs et d’un chiffre d’affaires de près d’un milliard d’euros, le groupe coopératif Cap Seine est un acteur économique, sociétal et territorial majeur, qui œuvre pour la performance durable de l’agriculture régionale, pour l’emploi et pour la qualité des produits, tout en préservant les ressources du territoire. Le groupe opère actuellement en Normandie, en Picardie et en Ile-de-France, sous la présidence de M. Jean-Jacques PREVOST et la vice-présidence de M. DESCHAMPS qui lui succèdera en janvier prochain.

Cap Seine décline ses activités en deux branches : l’amont pour accompagner la production agricole, et l’aval pour la transformation et la commercialisation, avec la nécessaire diversification des activités visant à améliorer l’ancrage de la valeur ajoutée sur le territoire. D’un côté, Cap Seine accompagne ainsi la production agricole du territoire, tant par le renforcement de l’expertise technique en agronomie et en zootechnie que par la mise en marché des productions. De l’autre, le groupe met en lien le consommateur et le producteur, en diversifiant ses métiers par la transformation des matières premières et la valorisation de toutes les ressources agricoles.

Quelques faits et chiffres donnent une idée de l’importance de ces activités : Cap Seine représente 17 sites industriels ou logistiques et 125 sites agricoles de proximité, en essayant de respecter un nécessaire équilibre entre productions animales et végétales. Côté animal, 2000 éleveurs font partie de la coopérative. Côté végétal, le groupe collecte au total 1,5 million de céréales par an. 1 million de tonnes repart à l’export via le Port de Rouen ( le 1er port céréalier européen). Cap Seine approvisionne également Saipol à Grand-Couronne et Dieppe, et Tereos à Lillebonne. Le groupe, qui appartient à l’Union Coopérative Nationale et travaille en partenariat avec Agrial en Basse-Normandie, a fusionné en décembre 2013 avec Lunor (assurant au passage la pérennité de 300 emplois) puis a racheté Pom Alliance, ce qui en fait aujourd’hui un leader dans la production et la commercialisation des pommes de terres (300 000 tonnes par an, dont un tiers à l’export). Il approvisionne également 26 magasins GammVert, dans les communes rurales de taille moyenne.

Lors de cette visite, j’ai pu découvrir la complexité des enjeux auxquels une coopérative comme Cap Seine est confrontée et surtout l’importance cruciale de l’innovation et de la formation aux nouveaux métiers de l’agronomie.

Ainsi, en matière de collecte de la production céréalière, les acteurs évoluent-ils dans un marché libre mondialisé. De ce fait, il leur faut disposer d’une expertise pointue des risques de marché et d’une parfaite connaissance technique en agronomie, pour évaluer la qualité des grains. Cap Seine gère ainsi une Salle des Marchés, animée par des personnels de grande qualité, pour la commercialisation des céréales qu’il a en gestion.

Côté élevage, les défis ne sont pas moindres, tant les difficultés de la filière sont prégnantes. La gestion de la crise est abordée collectivement, chacun dans ses responsabilités et en utilisant ses propres bras de levier : la Mutuelle Sociale Agricole (qui gère les fonds du plan de soutien décidé par le Gouvernement), le Crédit Agricole et Cap Seine. La coopérative a ainsi débloqué 500 millions d’euros sur 3 mois en aides directes affectées au prix des aliments et s’attache à soutenir le développement des agroéquipements pour améliorer la qualité de vie des éleveurs.

Autre point d’attention : la pérennité des activités d’élevage, qui dépend fortement de l’équipement du territoire, notamment en matière d’outils d’approvisionnement et de transformation. Faire faire des kilomètres aux aliments pour bétail, voire aux bêtes elles-mêmes, n’est en effet performant ni sur le plan financier, ni sur le plan du développement durable ! Cap Seine est donc très engagé sur notre territoire pour sauvegarder l’usine de production d’aliments de Bonsecours et un abattoir dont l’activité n’est pas saturée.

Enfin, Cap Seine a fait de l’expertise dans l’agriculture de précision un de ses « cœurs de métier ». La technologie, associée aux connaissances agronomiques, permet aujourd’hui aux agriculteurs de cultiver leurs champs avec une extrême précision, dans le souci permanent de la préservation des ressources en eau potable. En combinant connaissance parfaite des sols, hétérogénéité intra-parcellaire et maîtrise centimétrique de l’application des produits nécessaires à la croissance des végétaux, on parvient à diminuer significativement la fertilisation de fond et donc la pollution des nappes phréatiques. Pour préserver ou restaurer la qualité des eaux potables, l’usage des bassins d’alimentation et de captage dits « Grenelle » se développe. Un travail s’effectue en concertation avec l’Agence de l’Eau Seine-Normandie, qui a demandé à la coopérative d’organiser, avec les collectivités, le réseau de prélèvements et d’analyses sur la Seine-Maritime.

Je ne peux conclure ce compte-rendu de visite sans rendre hommage au modèle coopératif qui met l’entreprise au service des hommes et des femmes, et pas l’inverse, et qui fait de la solidarité et la redistribution l’axe central de son activité. Chez Cap Seine, l’Homme, qu’il soit agriculteur-adhérent de la coopérative ou salarié du groupe, est la première richesse. Les coopératives sont des sociétés d’hommes et de femmes, et non de capitaux. Ni « OPéables », ni délocalisables, leur gouvernance est démocratique : un homme, une voix. Les fonds propres sont protégés et abondés chaque année. En 2013, la communauté économique et sociale de la Coopérative agricole française représentait 2800 entreprises,450 000 agriculteurs et 160 000 salariés, pour un chiffre d’affaires de 84,3 milliards d’euros. Un modèle qu’il faut encourager, protéger et aider à grandir, comme je l’ai fait en défendant la loi sur l’Économie Sociale et Solidaire en 2014 (voir le dossier législatif complet ici).