Valérie Fourneyron

DÉPUTÉE DE LA 1ÈRE CIRCONSCRIPTION DE SEINE-MARITIME
ANCIENNE MINISTRE - MEMBRE DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES ETRANGÈRES

Sénalia : un acteur majeur de l'activité portuaire rouennaise

8 janvier 2016 à 20:09
Sénalia : un acteur majeur de l'activité portuaire rouennaise

L’assemblée générale annuelle du groupe Sénalia, présent à Rouen, a été l’occasion d’une intéressante journée de réflexion collective, associant l’ensemble des partenaires de l’entreprise, autour de la logistique partagée.

Si j’ai souhaité assister à cette réunion organisée par le leader européen de la logistique des céréales (et son directeur général Gilles Kindelberger), c’est aussi parce que Sénalia est le principal chargeur du port de Rouen, avec 7,54 millions de tonnes en 2014-2015, et un acteur structurant de l’emploi et de l’attractivité économique sur notre territoire.

Pour revenir sur la partie strictement statutaire de cette réunion, on peut se féliciter des bons résultats et des perspectives intéressantes présentés par le groupe.

La campagne 2014-2015 se traduit par 7,5 millions de tonnes manutentionnées et une nette progression des tonnages de blés fourragers et de l’orge. Explication de ce regain d’activités : après deux années médiocres en termes de qualité des moissons du blé, l’année 2015 a été marquée par une récolte « abondante et de qualité adaptée ». De nouveaux pays producteurs sont également apparus. Les deux facteurs combinés ont entraîné une chute des prix du blé et une ruée vers l’orge, ce qui a permis d’établir un niveau record de sorties de grains du port de Rouen, établi à 4,1 millions de tonnes soit une progression de 19%.

Ces bouleversements ont entrainé une modification notable des marchés d’exportation des céréales. La Chine est ainsi devenue en 2015 la première destination de Sénalia à 28%, suivie par le Maroc (18%), l’Union européenne, majoritairement l’Espagne (16%), l’Algérie et la Thaïlande (chacun à 9%), alors que jusqu’à présent le principal client au départ de Rouen était l’Algérie (46%), le Maroc (17%), le Moyen-Orient et la côte d’Afrique de l’Ouest à 9%.

L’Hinterland s’est également élargi, allant de la Haute-Normandie naturellement (1, 370 tonnes) au Centre (1011 tonnes), en passant par l’Ile-de-France (795), la Picardie (552) et la Bourgogne (58).

Parmi les autres motifs de satisfaction de Sénalia, on peut relever sa bonne santé financière avec près de 88 millions d’euros de fonds propres disponibles, un plan d’investissement 2012-2017 de plus de 50 millions d’euros consacré aux deux tiers à des outillages portuaires modernisés (terminaux d’exportations et terminaux d’agro-industries) et la montée en puissance des modes doux et massifiés pour remplir les silos portuaires.

La réflexion sur les navettes partagées fut particulièrement instructive. Grâce au succès des navettes ferroviaires et fluviales mises en place en 2014 entre les zones de production de céréales du bassin parisien et le port de Rouen, 24% de l’approvisionnement des silos portuaires passent aujourd’hui par voie d’eau et 12% par voie ferrée. C’est un enjeu majeur tant cette amélioration permet une diminution des coût, une amélioration de la régularité et de la fiabilité, et un gain majeur de productivité (il faut savoir qu’un train, par exemple, égale 40 camions !).

L’objectif de 170 000 tonnes acheminées en 2015 par trains ou péniches a été largement dépassé. La part routière a reculé de 78% à 64%. Ces solutions de transport expérimentales permettent à Sénalia de conforter sa position de premier exportateur européen par une plus grande compétitivité, tout en limitant son impact écologique. L’ambition est d’approcher une répartition fleuve-train-route équilibrée à l’horizon 2016, avec un mode routier limité à 55% seulement.

Pour les mêmes raisons d’avantage concurrentiel, le groupe a réalisé un grand nombre d’investissements au cours de l’année 2015 : modernisation des moyens de chargement et déchargement (sur le site de Grand-Couronne, sur la Presqu’île Elie…), innovations pour limiter les poussières en ville et embellir les façades des silos afin de mieux les intégrer dans leur environnement rouennais et d’accroître leur acceptabilité…

Sénalia expérimente également de nouvelles routes maritimes (en 2015, il y a eu 10 milliards d’euros d’échanges par voies maritimes !), comme par le nouveau Canal de Panama pour desservir le marché américain, le Cap Horn ou Suez pour approvisionner l’Afrique…

La réunion a enfin été l’occasion de revenir sur les enjeux de compétitivité du Grand Port Maritime de Rouen, qui es t le 5ème port maritime français et le 1er pour les céréales en Europe. Maintenir ce leadership exige une réflexion sur l’ensemble des facteurs : droits de port, coûts du préacheminement (assez faibles à Rouen, qui est au cœur de l’Hinterland), taille des navires accueillis, coûts du chargement… Des projets de travaux, tels que l’arasement du chenal pour accueillir des tonnages plus gros sur les quais (un projet inscrit au Contrat de Plan Etat-Région) prennent ainsi tout leur sens.

 

 

 

Pour en savoir plus : voir le rapport annuel 2015 du groupe.